Texte intégral du discours du Professeur Nada Moghaizel-Nasr

Discours du Chargé de mission à la pédagogie universitaire, le Professeur Nada Moghaizel-Nasr

- « Quel chemin dois-je prendre ? », demanda Alice au gros chat.
- « Cela dépend en grande partie vers où tu souhaites te diriger, jeune fille », répondit le chat.
- « Je ne me préoccupe pas vraiment d’où je vais », répondit Alice.
C’est avec cet extrait d’Alice au pays des merveilles, que je souhaite vous accueillir.
« D’abord dédramatiser », conseille Jacques Prévert.
Ce dialogue entre Alice et le chat, « dédramatise », à mes yeux, ce dont il s’agit lorsqu’on parle de culture des Résultats d’apprentissage (qui place l’étudiant au coeur des choses), thème de notre Rencontre et fil conducteur de plusieurs actions prévues cette année.
Se préoccuper :
- de là où l’on va,
- de comment y arriver,
- de comment s’assurer que l’on a atteint la destination prévue.
C’est de cela qu’il s’agit dans la culture des Résultats d’apprentissage.
Ce n’est ni d’idéologie, ni de mode, que l’on parle, mais :
- de cap à atteindre,
- de chemins pour y arriver,
- de moyens pour s’assurer que nous y sommes.
Voilà de quoi l’on parle.
Il n’y a donc pas lieu de se faire peur, en utilisant des mots jargonneux ou compliqués, ou des mots anglais, Learning outcomes.
Les Résultats d’apprentissage sont tout simplement : les savoirs, les savoir-faire et les attitudes, dont nous souhaitons que nos étudiants fassent preuve, à l’issue d’une formation ou d’un enseignement.
La culture des Résultats d’apprentissage, implique:
• d’identifier et d’expliciter ces savoirs, savoir-faire et attitudes, au niveau de chaque cursus et de chaque matière, à travers des référentiels de compétences ou profils de sortie et à travers les plans de cours ; en les formulant par seuils de maitrise, de façon observable et mesurable ;
• de s’assurer de la cohérence des programmes avec ces référentiels;
• de mettre en oeuvre des méthodes d’enseignement et d’accompagnement qui permettent de les atteindre ;
• de concevoir des démarches d’évaluation qui permettent de vérifier s’ils ont été atteints.

Cette culture concerne donc tous les cursus, professionnalisants ou pas.

Elle est d’autant plus précieuse pour les cursus non directement professionnalisants, qui ne peuvent s’appuyer sur des gestes professionnels, clairement identifiés par une pratique, ou par des corps de métiers institués.
Moi j’enseigne, mais eux apprennent-ils ? C’est le titre d’un livre de pédagogie que j’ai aimé. On pourrait y ajouter : Qu’est-ce que je veux qu’ils fassent de ce qu’ils apprennent ?
Le thème qui nous rassemble, implique de se poser ces questions, simples et essentielles à la fois:
Qu’est-ce que je veux que les étudiants apprennent à l’issue d’un cursus ou d’un cours ? Et pourquoi ?
Le programme de formation traduit-il ces souhaits ?
Nos plans de cours explicitent-ils cela ?
Nos méthodes d’enseignement et d’accompagnement permettent-elles d’assurer ces apprentissages ?
Nos démarches d’évaluation permettent-elles de s’assurer de leur acquisition ?
Dispositifs de diffusion des bonnes pratiques :
Nombreuses sont les pratiques, académiques et pédagogiques, dans notre Université qui s’inscrivent dans cette culture, de façon directe ou indirecte, explicite ou latente.
Pas moins de 67 pratiques vous seront présentées, à travers trois biais :
- la Rencontre de ce soir ;
- une Exposition itinérante de posters dans les divers campus et qui commence ici aujourd’hui;
- leur dépôt sur le Site INNOV, à partir du 15 février.
Les filmer dans le cadre des TPC des étudiants de l’IESAV ?
Axes :
Ces pratiques ont été regroupées selon six axes, qui correspondent aux ateliers dans lesquels nous nous retrouverons tout à l’heure :
Dispositifs d’identification et d’explicitation des Résultats d’apprentissage
Dispositifs de liens avec le terrain professionnel
Méthodes d’enseignement
Dispositifs d’évaluation des acquis des étudiants
Dispositifs d’accompagnement des étudiants
Dispositifs et outils d’intégration des compétences
Certains concernent surtout les responsables d’institutions, d’autres concernent également les enseignants.
Motifs justificatifs et valeur ajoutée du thème choisi:

- L’événement autour de ce thème traduit un des objectifs essentiels figurant dans le « Plan d’action 2012-2015 pour la mise en oeuvre de la réforme de l’ECTS à l’USJ », élaboré en 2011-2012 par le Groupe de travail sur l’ECTS, à savoir :
« Développer, au sein de l’USJ, une approche centrée sur l’apprenant dans l’enseignement, l’apprentissage et l’évaluation des étudiants ; ce qui suppose un engagement de toutes les institutions de l’USJ dans la démarche de l’approche des « Résultats d’apprentissage » et ses implications tant sur le plan de l’architecture des programmes d’études que sur le plan de la pédagogie. »
- Ensuite et surtout, les recherches ont prouvé l’impact de la culture des Résultats d’apprentissage sur la qualité de la formation, car elle implique :
* de préciser et d’expliciter la vision de chacun des cursus et de chacune des matières,
* d’assurer un programme adéquat, cohérent et progressif,
* d’améliorer les méthodes d’enseignement et d’accompagnement,
* d’améliorer les méthodes d’évaluation des acquis des étudiants,
* d’évaluer l’ensemble d’une formation.
- Cette culture donne une meilleure visibilité et lisibilité aux formations que nous assurons, ce qui se répercute positivement sur :
* leur attractivité auprès des étudiants potentiels, donc sur la compétitivité de l’USJ,
* la motivation des étudiants actuels,
* la motivation des employeurs à embaucher nos diplômés,
* la mobilité de nos étudiants.
- Par ailleurs, cette culture s’inscrit dans les orientations internationales de l’enseignement supérieur, qui seront bientôt impératives au Liban.
- Elle est au centre de la vision pédagogique du Processus de Bologne, auquel adhère notre Université. Son développement est une des conditions de l’obtention du Label ECTS.
Motifs justificatifs et valeur ajoutée de la démarche de mutualisation :
- Le partage des pratiques avec les pairs est précieux et formateur en soi. Pour partager une pratique il faut commencer par la décrire, l’écrire, nommer ce que l’on fait, l’expliciter, et l’analyser. Ces gestes anodins, mais que nous n’avons pas l’habitude de faire dans notre pays, permettent de formaliser l’expérience, de la capitaliser et d’en garder des traces, pour la développer, la communiquer et la rendre fécondante.
- La « déprivatisation des pratiques », est une caractéristique majeure du fonctionnement d’une institution comme « organisation apprenante », fonctionnement préconisé par l’OCDE pour les institutions chargées de formation, et reconnu comme déterminant pour améliorer leurs prestations.
Objectif général de la Mutualisation:

L’objectif général de cette mutualisation est justement d’améliorer la qualité des formations assurées à l’USJ, à travers le développement de la culture des Résultats d’apprentissage, dans ses institutions.
Résultats attendus du projet:
Les trois biais de diffusion proposés devraient permettre :
- de donner une visibilité interne et externe aux nombreuses bonnes pratiques de l’USJ dans ce champ ;
- de valoriser le travail entrepris dans ses institutions ;
- de sensibiliser la communauté universitaire à cette culture,
- de motiver enseignants et responsables à la développer ;
- de montrer le lien entre la vision préconisée dans le Processus de Bologne et des pratiques en cours à l’USJ ;
- d’assurer un échange et un apprentissage entre pairs,
- de favoriser la naissance de réseaux internes chez nous, entre institutions et entre individus, travaillant sur les mêmes approches.
Merci
Presque toutes les institutions de l’USJ sont représentées par les interventions ce soir.
Comment remercier les doyens et directeurs pour leur superbe mobilisation ?
Comment remercier les personnes qui ont accepté d’intervenir et de s’exposer ? Il faut de la générosité, de l’humilité et une confiance en soi pour le faire.
Je remercie chacun d’entre vous d’être là, pour échanger avec les autres et apprendre d’eux et avec eux. Cela aussi suppose générosité, humilité et confiance en soi.
Travailler avec Rima Moawad et Stéphane Bazan, directeur de l’Unité des nouvelles technologies éducatives, a été un grand bonheur. Comme d’habitude avec eux, les choses se sont faites dans la bonne humeur, le professionnalisme et la générosité.
Merci aux étudiants de la Fsedu, qui ont répondu présents à l’appel, au SPCOM, à l’équipe administrative de ce campus, à tous ceux qui ont participé à l’organisation de cet événement.
Avant de clore :
Avant de clore, Je voudrais vous dire que pour moi, l’essentiel se trouve « avant » et « après » cette Rencontre.
« Avant », dans ce travail préparatoire. Ces rencontres avec les intervenants et les responsables d’institutions. Ces moments que nous avons pris ensemble pour raconter ce que l’on fait et qui est beau. Ces moments pleins d’enthousiasme, où l’on n’a pas vu le temps passer. Ces moments où l’on a donné du sens à cette culture préconisée, et qui ont parfois débouché sur des souhaits et des projets à venir.

Et puis il y a « après ». « Après » aussi fait peu de bruit. St Exupéry dit que c’est à cela que l’on reconnait les vrais miracles, au fait qu’ils font peu de bruit.
« Après » c’est-à-dire, ce que chacun de nous fera de ces pratiques auxquelles il aura été exposé : nouvelles démarches, nouvelles façons de faire ou de penser, nouvelles questions aussi. Nouvelles questions surtout.
Je termine avec cette devise de l’Abbé Pierre : « Soyons contagieux ».
Je nous souhaite d’être contaminés par ce que nous allons voir et entendre.

 

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